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Je me suis levé pour aller fumer une cigarette. Dehors, quelques rares passants traînaient encore dans la rue. Il était plus de deux heures du matin. Je pleurais. D’émotion et de rage. Je venais de suivre à la télévision une partie de la vie mise sur pellicule d’une fille. Laïla. Une partie de vie traçant le portrait émouvant d’une beurette de vingt ans dans la galère. Pas de toit, pas de boulot, un copain violent en prison. Et un enfant qui tapait déjà du pied dans le ventre de cette femme malgré elle. Un beau reportage fait de gros plans silencieux sur cette très belle fille marocaine. Car les plans récurrents de trajets de métro disaient mieux que les mots de lassitude de Laïla, ballottée de rendez-vous entre l’assistance sociale, les visites d’hôpital et les centres de formation. Elle expliquait sa vie d’une jeune femme maghrébine de la deuxième génération écartelée entre sa famille traditionaliste et son désir d’émancipation. Il y avait de l’urgence dans ses paroles et beaucoup de solitude. Mais aussi de l’espoir. Elle arrivait à plaisanter et elle nous montrait son sourire magnifique. Et dire que cette femme était quelque part dans cette ville. Sur l’un des murs du salon recouvert de papier blanc qui me servait à immortaliser des instants de la vie par des mots, je me mis à écrire fébrilement : Ce soir, je vais partir, tu ne le sais pas encore, Pour toujours. Il va falloir oublier ton corps, La douceur de ta peau, de ton sexe et les dîners au tex mex Je pars parce qu’il y a des moments où tout change sans qu’on le veuille Des moments où rien ne peut être dénoué sans que tout soit dénoué J’espère que mes empreintes sur toi s’effaceront Ne compte pas sur le temps qui passe Bouge vite, vite Couche avec des garçons et des hommes Oublie Oublie-moi Soit admirable Puis, je retournai dans la chambre à coucher. Cette nuit-là, je m'endormis les yeux ouverts. Oui, c’était une si jolie rencontre... |
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