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Moi ?
Je sais que je mourrais à quatre-vingt dix ans, je viens d’en franchir le tiers. Jusqu'à maintenant, je n’ai rien fait de ce que je rêvais. Parfois, je ne sais plus ce que je voudrais. Je sais que j’aimerais partager ma vie entre naviguer sur les mers du monde et vivre auprès d’une très belle femme. J’aimerais tout réussir, chaque geste devant atteindre la perfection. Mais j’ai l’impression de tout rater. Alors, je me mure dans un attentisme. Je dis « demain, je ferai ; demain, je recommencerai » et ainsi de suite. Je cherche le plaisir dans le futur et je passe à côté de celui d’aujourd’hui. Alors dans mes rêves, je me crée un monde virtuel et je me le projette dans la réalité de tous les jours. Quand les deux se rencontrent, cela m’explose à la figure et j’ai mal. J’ai essayé de rencontrer l’amour. Je l’ai croisé plusieurs fois sur la route de ma vie mais nos chemins ont toujours vite fait de se décroiser. La vie m’a pris Marilia et avec elle tout ce que j’aimais. Les gens me disaient que la fin d’une histoire est le début de toutes les autres. Que de paroles éphémères ! J’ai finalement rencontré Sophie. Aujourd’hui, je l’ai quittée même si j’habite encore dans la même ville qu’elle. Une erreur parmi d’autres. Et maintenant, je recommence avec Maria…
Ce que je déteste ?
Alors là, j’ai envie de rire... Tout... Aujourd’hui, la vie n’est qu’une succession de problèmes quotidiens à gérer. Chaque jour je me perds un peu plus dans les méandres de ma détresse en me noyant dans le regard des filles que je croise. Le monde verse des tonnes de mots dans l’univers, de l’information qui transite à la vitesse de la lumière par satellites interposés. En ce mois de Mai 1998, trente ans après la révolution estudiantine culturelle qui réclamait une société meilleure, on pourrait croire que rien n’a bougé. Certains hommes continuent désespérément à défier la paix dans le monde. Les exemples sont nombreux : Netanyahou provoque Arafat dans le processus de Paix ; Israël, et la Palestine qui recherche ses terres, sont toujours en guerre. Suharto, qui doit se sentir bien seul après avoir perdu son ami Mobutu il y a quelques mois continue à défier son peuple vivant dans des bidonvilles surpeuplés, obligé de se laver nu sur les margelles des égouts tandis que les fils millionnaires du général président se rendent aux conférences de presse dans des Rolls Royce blanches. Zaroual laisse planer des ambiguïtés politiques, des manœuvres obliques, des calculs cyniques et détourne le regard quand le terrorisme islamique massacre à coups de haches le peuple algérien. Un crime barbare exécuté à ciel ouvert. Vajpayee et Sharif s’affrontent tous les deux et font peur au monde en faisant exploser dans les sous-sols indiens et pakistanais des bombes nucléaires. Hiroshima n’a pas suffi. Et pendant ce temps, Clinton, qui incarne la puissance mondiale d’un pays de 250 millions de personnes en fait rire six milliards avec des histoires de fellations et de cigares. Même s’il est l’homme le plus puissant du monde, il n’en reste pas moins homme avant tout.
Bref, j’évolue dans un décor en noir et blanc où la couleur manque désespérément. J’espère souvent qu’un témoin de ma vie m’aidera à transformer les ratés en réussite, à transformer mes faits et gestes en victoire non pas parce que j’aspire à la gloire ou célébrité mais parce que vivre m’est difficile.
Mon rêve ?
Comment dire... Euh... Comment savoir... Mon rêve, vous dites ? Une chose est sûre : J’ai de plus en plus envie de mourir... Finalement, je n’y crois plus aux quatre-vingt dix ans...
C’est quoi la guerre pour toi Hugo ?
Il n’y en a qu’une pour moi : celle que je mène contre moi-même. Et elle ressemble à cette carte postale, vous savez, cette femme à genoux qui défie, une fleur dans la bouche, une rangée de militaires, fusils au point...
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